
Le 14 février 1864, le petit village de Nohant-en-Graçay conduisait à sa dernière demeure un excellent homme, extrêmement aimé et honoré de toute la commune, M. le commandant CARRAUD, officier de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis, et l'un des membres correspondants de notre Société du Berry.
Dès la matinée, les rues et la place du bourg étaient encombrées d'une foule empressée et respectueuse. Les routes voisines étaient couvertes de charrettes, de carrioles, d'équipages de maître.
Amis du grand monde, - amis ouvriers, - amis laboureurs, - tous étaient accourus de plusieurs lieues à la ronde et réunissaient libéralement leurs sympathies pour le vieux commandant, dans un suprême hommage autour de son cercueil.
La petite église de Nohant était ce jour-là trop étroite, et le pieux empressement de la foule avait peine tenir dans les limites de la place publique.
Ce digne vétéran des armées de la république et de l'empire, témoin et acteur de tous ces grands événements légendaires qui remplissent notre histoire, toujours affable et bienveillant pour ses égaux, avait su constamment être bon et facilement abordable pour les petits.
Aussi, pour ces campagnes, sa maison était-elle le lieu où l'on venait chercher, à coup sûr, l'amitié et le bon conseil. - Dans cette humble commune, toutes les améliorations matérielles, tous les exhaussements du cœur, de l'âme et de l'intelligence, dateront longtemps du précieux séjour de M. CARRAUD et de Mme Zulma CARRAUD, l'auteur de Petite Jeanne, des Métamorphoses d'une goutted'eau, des Historiettes, que vous avez tous lues, - et qui s'était instituée bénévolement maîtresse d'école pour les petites filles du village, et révélée, par occasion, l'un de nos bons conteurs pour l'enfance.


Les deux officiers français furent très-bien traités à bord, et on les interna à Malte. - Un an après, le lieutenant CARRAUD fut conduit en Angleterre, où il demeura prisonnier sur parole, dans la ville de ►Chesterfield (ville au Clocher Tors) - Il y resta six ans, et refusa plus d'une fois de se joindre à quelques camarades, dans leurs tentatives d'évasion. - Il avait donné sa parole; et bien qu'il crût fermement alors, qu'il ne reverrait plus la France, il ne voulut pas se parjurer. Quand la paix lui rendit la liberté, ce fut le cœur navré, qu'il rentra dans sa patrie humiliée.

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Le 10 mai 1820, il fut promu au grade de chef de bataillon, et, en 1822, à l'emploi de directeur des études.En 1831, il fut nommé inspecteur de la fonderie d'Angoulême, et prit sa retraite en 1834.Il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1817, chevalier de Saint-Louis en 1818, et officier de la Légion d'honneur en 1824.
Je me permets d'ajouter que le commandant conserva toutes ses facultés et toute sa mémoire, jusqu'à sa dernière heure, - et, ce qui est bien plus rare, toutes ses convictions.
Une anecdote fort simple en elle-même, mais qui peint parfaitement la constante modestie de M. CARRAUD me revient en mémoire. Il était camarade d'école avec le marquis de Clermont-Tonnerre. Celui-ci, devenu ministre, engagea le commandant à l'aller voir. - Le premier jour, où M. CARRAUD se présenta à ses réceptions, le ministre vint à lui, et lui serrant les mains, lui dit : «Eh bien! voyons, mon ami, que désirez-vous? que me demandez-vous?... - Rien du tout, Monseigneur. - Comment, rien! rien! Vous ne me demandez rien? - Mais non; je viens seulement pour avoir le plaisir de voir Votre Excellence...» - «Messieurs, s'écria le ministre, voilà un homme qui vient me voir, sans rien me demander, quand il sait que je n'ai rien à lui refuser! Qu'en dites-vous?...»
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